Mon corps ce héros

Mon corps ce héros

On ne se rend compte de la valeur d’une chose que lorsqu’on la perd… Qui n’a jamais entendu cela ? Nous connaissons tous cette rhétorique et pourtant nous semblons lui porter une réelle importance uniquement quand elle prend tout son sens…

C’est vrai l’humain à parfois tendance à prendre certaines choses pour acquises, normales, presque banales… Loin de moi l’idée de se faire du souci là ou il n’y a pas besoin, en revanche, près de moi l’idée d’honorer ce qui est bel et bien présent dans nos vies et d’y porter au moins de temps à autres, toute la gratitude que cela mérite.

Et pourquoi donc me direz vous ?

Pour honorer notre existence, se sentir profondément vivants et jouir des bonheurs et plaisirs que nous croisons sur notre chemin aussi simples soit-il (tout du moins en apparence).

Si je me permet de vous partager mon avis sur la chose, c’est parce que je l’ai moi-même bien souvent vécu… Me rendre compte notamment de l’importance et la valeur de notre bonne santé et à quel point toutes ces choses qui nous paraissent insignifiantes au quotidien sont si essentielles à notre bien-être et épanouissement.

Et aujourd’hui, c’est à mon corps, ce héros, que je voudrais faire honneur… Je ne me rendais presque pas compte à quel point, c’était une merveilleuse machine, capable de me faire respirer, avec lequel je pouvais « simplement » me mouvoir, danser, manger, parler, ressentir, rire, me sentir féminine, épanouie…

Jusqu’au jour ou monsieur cancer est arrivé enfin ceci dit, comme ça, en lui même, il ne m’en a pas trop fait voir, c’est plutôt sa grande copine, madame chimiothérapie, qui elle, m’a réduite en miette et m’a donc fait rappeler l’importance de cette phrase :  » On ne se rend compte que de ce qui de la valeur uniquement lorsqu’on le perd… »

Car oui avec elle, j’ai perdu toute force, vitalité et bonne santé. Mon corps ne me portait plus, ne pouvait plus se déplacer si bien que j’en suis restée bien trop longtemps dans des chambres d’hôpital où je ne pouvais ni sentir l’air dans mes cheveux, ni le soleil sur ma peau et encore moins la pluie couler sur mes joues… Oui j’aurais donné n’importe quoi pour ressentir des gouttes de pluies perler sur mon visage, ces mêmes gouttes de pluie qui auraient pu faire boucler mes cheveux, cheveux  qui eux aussi avait fini par se faire la malle face à madame chimiothérapie…

J’aurais donné n’importe quoi pour que cette douleur cesse. Je me rappelle d’une journée ou les effets secondaires étaient à leur apogée, je souffrais d’une mucite, qui me faisait si mal au point que je ne pouvais plus rien ingurgiter sans avoir l’impression d’avaler des milliers de lames de rasoir venant m’entailler la gorge. Je n’arrivais donc plus à boire et je me revois tellement face à cette bouteille d’eau qui me faisait si envie. « Juste » pouvoir de nouveau ressentir sans douleur la douceur de l’eau dans ma bouche venant me désaltérer, c’était à ce moment là mon UNIQUE préoccupation.

Mon corps ne pouvait plus répondre à mes besoins…

J’étais si faible que parfois pendant des jours, j’étais incapable de tenir debout, ce qui sous entend d’être dépendant… Car oui cette jeune ado que j’étais à 16 ans et 18 ans quand le cauchemar s’est renouvelé, allait devoir demandé de l’aide pour se rendre au toilette, s’habiller, se laver… On imagine pas à quel point on sent amoindri , diminué et vulnérable que de se retrouver dans une telle situation…

Ça en était parfois humiliant, comme ce fameux soir ayant suivi une opération pendant laquelle on m’avait retiré des fragments d’ovocytes afin de les congeler me permettant peut-être à l’avenir d’être enceinte si mes ovaires bien trop endommagés par madame chimiothérapie (oui encore elle) ne pouvait plus fonctionner…

Ce soir même donc, je tenais mal debout, la douleur était bien présente, mais j’avais vraiment envie de faire pipi, le personnel soignant m’avait alors proposé le bassin mais j’étais comme bloquée, j’avais vraiment envie de pouvoir me rendre au toilette, ce qu’elles ont refusées, se moquant de moi et prenant avec plaisir sous mon nez, mes livres qui devaient me tenir compagnie pour la nuit… Je n’ai rien dit, j’étais prostrée, je me sentais si faible et humiliée sans parler de l’opération que j’avais subie, du traitement qui était en cour et de ma vie à ce moment là en suspend…

Toute la nuit, je n’ai rien dit et surtout rien pu faire, mon corps fatigué et douloureux, ne pouvant pas plus m’aider… J’ai attendu le lendemain matin, les visites, que mon beau-père arrive et c’est lui ce jour là qui m’accompagna sous son bras jusqu’aux toilettes…  Chose si banale avant pour moi que de pouvoir se rendre au toilette… Et aujourd’hui je ne compte plus le nombre de personnes qui m’y ont pourtant conduite car cela m’était devenu impossible seule, car mon corps était tellement amoindri que cela lui était devenu trop difficile.

Et puis parfois, je sentais que je reprenais des forces et je décidais de me lever un peu seule… et là 5 minutes plus tard je finissais par terre, malaise sur malaise et mes adorables infirmières et aides soignantes du service de cancérologie, toujours présentes pour m’aider à me relever, toujours souriantes et douces, rien à voir avec l’hôpital où je m’étais faite opérer avant de les rejoindre. Donc oui elles étaient toujours là pour moi, moi la casse-couille qui voulait absolument se débrouiller seule… Ma maman et mon beau-père eux aussi étaient là chacun leur tour car il fallait aussi s’occuper de mes petites sœurs à la maison … Ils étaient tous là, tous si bienveillants et pourtant je me sentais si bas de terre, incapable et impuissante que mon corps ne puisse plus répondre à mes appels…

Le plaisir de manger ? Je pourrais vous en parler pendant des heures, je vous épargnerais les détails des nausées et vomissements intempestifs qui n’ont absolument rien à voir avec la cuite du samedi soir ou une fois que tu as vomi tu te sens mieux… Non absolument rien à voir…

Chaque odeur de nourriture aussi bonne soit-elle venait sérieusement titillé mon estomac qui me le faisait comprendre inexorablement. Vous voyez, ce plaisir de sentir les petits plats qui mijotent avec cette sensation d’eau à la bouche en sachant qu’on va se régaler. Et bien cela ça a été fini pendant longtemps! Et croyez moi bien que une fois privé de cette sensation de folie, vous vous rendez compte à quel point elle est pourtant si jouissante quand votre corps va bien… Et a quel point ça vous manque… Et puis après en avançant dans le traitement madame chimiothérapie, elle vient vraiment tout t’enlever, ton odorat et ton gout… Je n’avais plus envie de vomir mais je ne ressentais plus rien du tout… Mes papilles étaient cramées et elles aussi avaient succombées à madame chimio…

Qu’importe de toute manière je n’avais plus faim…. Le plus longtemps que je suis restée sans manger ? 3 semaines. Et bien en 3 semaines notre corps oublie beaucoup de choses comme par exemple mâché… Mesdames et messieurs, lisez bien ce qui suit , vous remercierez par la suite et sans tarder votre corps de l’incroyable job qu’il réalise en vous permettant de pouvoir vous servir de votre mâchoire ^^  .

Car oui l’appétit avait fini par me revenir, par chance… Et je me rappelle d’une soirée ou j’étais rentrée chez moi après une longue hospitalisation, deux amis étaient venus me rendre visite et j’avais très envie de choco! Me demander pas pourquoi, l’après chimio, c’est comme pour les femmes enceintes, vous mangez ce que vous pouvez et ce qui vous fait envie…

Et bien c’est avec beaucoup de mal que j’ai réussi à en manger attention, suspense… roulement de tambour : 1 ! Oui un seul et unique choco en une demie heure à peu près… Ma mâchoire craquait littéralement à chaque bouchée tellement l’effort était intense pour elle que de croquer à nouveau. Et je me rappelle très bien à quel point nous avions ri ce soir là, car eux il trouvait ça carrément flippant et moi pour une fois, j’avais envie de manger et je sentais enfin de nouveau le goût du chocolat dans ma bouche… On m’aurait décroché la lune, c’était pareil… Bien que j’avais envie d’un deuxième choco mais l’effort était considérable, j’ai donc remis ça au lendemain…

J’avais cette chance d’être bien entourée et la présence de certaines personnes restera précieuses pour toujours, peu importe ce qui pourra ou a pu nous séparer par la suite…

Comme je vous l’avais dit plus haut, ma tête s’était donc transformée en véritable crâne d’oeuf… J’étais partagée entre la peur de choquer ma maman avec ma dégaine, d’effrayer mes petites sœurs, de faire fuire les garçons, de perdre ma perruque en même temps que j’enlevais mon casque de scoot, et d’être démasquée, moquée par ceux qui ne savaient pas…

Forte heureusement pour moi, ma mère m’aimait toujours, mes sœurs Lucie et Manon, n’ont pas été troublée par ce crâne chauve, la plupart de mes amis étaient des garçons qui savait très bien que je portais une perruque et qui savait aussi très bien me faire oublier qu’effectivement ce n’était pas mes vrais cheveux sur ma tête. Ma meilleure amie elle se chargeait de tenir ma perruque quand je retirais mon casque de scoot, toujours 10m plus loin de l’endroit où nous étions attendue et chaque fois avant d’arriver au lycée.

Et… et si , il m’est arrivée plusieurs fois d’être moquée, humilié par une jeune femmes qui pourtant savait très bien ce que je traversais… et croyez moi ça m’avait fait du mal… Et puis un jour un ami à moi, lui a rendu la monnaie de sa pièce… J’étais vraiment bien entourée et rien que d’y repenser aujourd’hui, cela m’émeu profondément et me rappel à quel point l’amitié est sacrée et précieuse…

Honorons notre corps pour toutes ces merveilles qu’il est capable de réaliser, respirer, boire, manger, sentir… Honorons notre corps pour tout ce dont il est capable, se lever, marcher, courir, danser.

Honorons le de nous sentir vivant, de pouvoir nous tenir debout, de se relever, d’être indépendant et en pleine capacité de notre force vital. Honorons le, lui qui donne la vie même après avoir été si malmené. Honorons le de nous permettre de se sentir femme, de se sentir homme, séduisant(e) et désirant(e).

A mon corps ce héros…

A cette cicatrice, au dessus de ma poitrine, ouverte et refermée 4 fois… dont 2 sous anesthésie locale ou arrêtons de se mentir j’ai souffert le martyre pour y placer, enlever, placer et de nouveau retirer, ma chambre implantable me permettant de recevoir madame chimiothérapie qui malgré tout m’a sauvé la vie …

Et m’a rendue encore plus vivante… Bien que parfois il m’arrive encore de vite oublier, tout me revient rapidement en mémoire lors d’un petit rhume ou vilain virus qui s’empare de mon corps…

N’oubliez jamais le bonheur et l’immense privilège de vivre, de sentir, de boire, de manger, de s’élancer pleinement dans la vie, de ressentir chaque sensation chatouiller toutes les cellules et les milliers de pores de votre peau, de votre corps. Le plaisir, la douceur, la chaleur, le chaud, le froid, la faim, l’odeur du petit déjeuner, chaque fonctions vitales et motrices…

Merci la vie ♡


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